La vannerie de Dominique

Entretien avec Guy Sébastien

Un entretien avec M. Guy SÉBASTIEN avait été réalisé par les élèves du collège II de Sainte-Marie en 1984. Cette interview a été rapporté dans le livre “Découverte de la vannerie caraïbe du Morne Des Esses a Salybia”. Voici un extrait de ce livre où Mr SÉBASTIEN explique les différences qui existent entre la vannerie en Martinique et la vannerie en Dominique.

Éleve : Comment avez-vous eu l’idée d’aller en Dominique ?

Mr. SÉBASTIEN — Ce n’est pas seulement pour voir ce que les Dominicains faisaient en matière de vannerie. C’était pour leur acheter de l’aroman.

Elève : Comment avez-vous su qu’il y avait de l’aroman en Dominique ?

Mr. S. — Par des contacts avec des pêcheurs ou d’autres qui allaient en Dominique pour des tournées commerciales. Je connaissais quelqu’un qui allait chercher des carapaces de tortues et qui m’a dit qu’il avait vu des objets en vannerie en Dominique. Avec un collègue, nous sommes allés en prospection, nous avons pensé faire des échanges.

Le Professeur : Quelle impression avez-vous eu en voyant leur vannerie ?

Mr. S. — J’ai surtout été étonné par leur façon de travailler. Ils font par exemple leurs paniers, leurs valises sans moule. Ils donnent leur forme sur de petites baguettes. Moi, ça m’a plu parce que je vois que c’est des gens qui travaillent en suivant une idée : ils créent la forme au fur et à mesure du travail. Tandis que nous, nous créons le moule et puis nous travaillons en suivant la forme (le moule).

Le Professeur : Alors, d’où vient l’utilisation du moule ?

Mr. S. — J’ai toujours connu le moule, et tous les anciens que j’ai connus, l’ont connu. Je pense que l’idée du moule est liée à la poterie. On voyait des formes en poterie que l’on voulait faire en vannerie. Je ne pense pas que le moule ait été fait pour la vannerie. On a voulu répéter des formes de poterie sur la vannerie.

Elève : Qu’est-ce que vous avez trouvé qui rappelle ce qui se fait en Martinique ?

Mr. S. — La préparation des fibres (à part le kachibou qu’ils ne travaillent pas), les bonbonnières, les nids en rond.

Elève : Ils faisaient les bonbonnières sans moule ?

Mr. S. — Ils les faisaient sur des boîtes de conserve, je les ai vu travailler d’autres formes sur des fait-tout renversés.

Elève : Nous avions acheté des chapeaux, vous n en avez pas vu ?

Mr. S. — Non, c’est nouveau, ils n’en faisaient pas.

Elève : Et les chapeaux «Chinois» ?

Mr. S. — Non…

Elève : Et dans l’utilisation des couleurs ?

Mr. S. — Nous faisons les trois couleurs, eux aussi, mais ils remplacent le kachibou (blanc) par l’aroman renversé. Pourtant, ils ont plus de kachibou que nous !

Elève : Utilisent-ils les mêmes dessins traditionnels qu’en Martinique ?

Mr. S. — Oui, au départ, maintenant ils changent un peu. Nous sommes plus avancés qu’eux en matière de modèles, de formes, de motifs. Mais ils changent…

Elève : Ils utilisent plus de fibres que nous ?

Mr. S. — Oui, ils ont beaucoup de lianes, le mibi par exemple. Ils utilisent les robes de bananiers, le roseau, le vétiver, le palmiste, le balisier, les bûchettes de coco…

Mais nous aussi, en Martinique, nous utilisons le mibi (c’est le même nom) pour le fond des paniers en bambou. Le roseau sert à border les grands paniers caraïbes, à fabriquer des paniers-bassin pour prendre les écrevisses, à soutenir les toits en tuile ; il pousse surtout dans le Sud. Et nous avons le rotin ; je n’en ai pas vu chez eux.

Le Professeur : Vous pensez que la vannerie du Morne- des-Esses vient des Caraïbes ?

Mr. S. — Bien sûr ! C’est ce que nos ancêtres nous ont dit et la vannerie de Dominique nous en donne la preuve.