La Vannerie

Aroman et autres fibres

Fleur-dAroman3-200x300Fibre reine de l’artisanat caraïbe, l’aroman (Ischnosiphon arouma) tire son nom actuel et une partie de son appellation botanique du vocabulaire ou registre des femmes ap­pelant oualouman ce que les hommes désignaient sous le nom de wagagan, aticonê ou ticasket. Le terme de uguagai in­dique encore pour les Garifouna ou Caraïbes noirs du Bélize et du Honduras, une sorte de panier aux mailles hexagonales utilisé pour les offrandes,,

La technique des paniers étanches était connue des peuples du continent et des Kalina des Guyanes qui utilisaient pour ce faire les feuilles d’autres végétaux parmi lesquels certains palmiers. (…)

L’aroman servait également à tresser le roucouma ou matabi, presse ouchausse à manioc dénommée couleuvre pour sa ressemblance avec ce reptile, Etiré, ce long cylindre de vannerie rempli de pulpe de racines de manioc râpées servait à en extraire, tel un serpent relâchant son venin, le suc mortel, manihotoxine ou acide cyanhydrique …

D’autres fibres tressées comme celle des feuilles de plusieurs espèces d’agaves, broméliacées ou ananas pite, dites couraoua ou carata, sauvages ou cultivées, étaient utilisées pour la fabrication de filets, ficelles et cordes très résistants et de fonctions diverses qui, après application de gomme et de sable fin comme abrasif, pouvaient servir de limes capables de tailler pierres et conques de lambi. Au temps de la conquête, cette même technique permit à certains de se libérer des chaînes ou de tronçonner des masses de fer aussi importantes que celles des ancres de navires.

Les feuilles de diverses palmiers dont le latanier (du caraïbe alattani) ou le palmiste franc (Prestoea montana) étaient utilisées pour la fabrication de nattes comme celle de hottes de portage fabriquées en forêt. Elles servaient encore à la fabrication de cordes ou de carquois dits yalaoüa destinés au port des flèches,

Certaines lianes et végétaux comme le bwa patat (Calliandra sp.) étaient tressés pour la fabrication de nasses dénommées man-chioüa (du Kalina masiwa), Le terme de machwa désigne encore en créole la nasse-bouteille de forme allongée également dite nas-kong car servant à pêcher la murène.

Ornementation

Les trames d’aroman et autres fibres étaient ornées de motifs géométriques composés à partir de l’alternance de trois teintes : beige naturel, rouge et noir

Le rouge était obtenu par application d’une poudre de graines de roucou broyées (ouloucamboui) sur les brins tandis que le noir ou coina provenait du noir de fumée de la résine de gommier blanc (couloucae) obtenu en grattant la surface des canaris ou poteries utilitaires. Le suc de l’écorce du comati disposé avant et après application du colorant assurait à l’ouvrage un vernis brillant et tenace

Thierry L’Etang – Extrait de l’exposition “Vive la Vannerie”